176 ans de spiritualité franciscaine dans le quartier du Temple

L’église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, Notre-Dame-de-Pitié n’est autre que la chapelle du couvent de religieuses du Tiers-Ordre franciscain, appelées les Dames de Sainte-Elisabeth.

Les deux premières Dames de Sainte-Élisabeth, arrivant de Franche-Comté, s’installent à Paris en décembre 1615 dans une maison où les attend un groupe de femmes. qui veulent prendre l’habit. La Communauté grandit très vite.

En 1628, la reine Marie de Médicis pose la première pierre d’un nouveau couvent devant le Temple. La communauté s’y installe en 1631. Les Supérieures rendent obligatoire la récitation des Litanies de la très Sainte Vierge, que la reine Marie de Médicis avait requerré des Dames de Sainte-Élisabeth, souhaitant qu’elles soient dites à son intention les samedis et le 14 mai, pour l’anniversaire du décès de son époux Henri IV.

La reine Anne d’Autriche préside la Dédicace de l’église du monastère des Dames de Sainte-Élisabeth, le samedi 14 juillet 1646, sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, par Monseigneur Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, en présence des parrain et marraine de la cloche, le duc d’Angoulême, Grand Prieur de l’Ordre de Malte, et Charlotte de Montmorency. Saint-François de Sales, Saint-Vincent-de-Paul, Pierre de Bérulle y viennent pour prier et prêcher.

La spiritualité franciscaine de ces religieuses cloitrées, filles de Saint-François et de Sainte-Elisabeth, imprégnée de l’Ecole Française de Spiritualité, marquée par l’influence de Sainte-Thérèse d’Avila et de Saint-Jean de la Croix., s’exprime dans le culte du Christ souffrant sur la Croix, donnant sa vie pour racheter les péchés des hommes et les sauver. Les métopes sur les murs de la nef portent les instruments de la Passion. Elles montrent une dévotion spéciale pour la Vierge Marie dans la douleur, qui pleure son fils mort sur la Croix, raison pour laquelle l’église porte le nom de Notre-Dame de Pitié. La Supérieure du couvent est considérée comme la lieutenante de la Vierge Marie.

Les religieuses de Sainte-Élisabeth, en leur nouvelle maison, voient arriver un grand nombre de novices, issues de la noblesse de robe, Mesdemoiselles de Harlay, Trudaine, Berryer, Le Tellier, Voisin…  qui apportèrent avec un bien être conforme à la pauvreté, une ferveur qui éleva vite l’édifice spirituel. Pour subvenir à leurs besoins, les religieuses se consacrent à l’éducation des jeunes filles; et accueillent les personnes plus avancées en âge qui ont choisi ce lieu pour retraite. Parmi ces pensionnaires, se trouvent les filles et petites-filles du Chancelier Séguier, la duchesse de Verneuil, la maréchale de Rochefort, les filles du Chancelier Voisin, la famille Trudaine, Madame de Montravé, mère de Madame du Barry, et probablement Esprit-Madeleine Poquelin, fille de Molière.

L’église est devenue une vénérable nécropole où se côtoient chanceliers, ministres, maréchaux, présidents de parlement, prévôts des marchands qui ont choisi leur sépulture dans l’église de Sainte-Élisabeth, parmi lesquels le duc de Tallard. Un service pour le chancelier Séguier y est célébré le 31 mars 1672.

Après 176 ans de présence dans leur couvent de la rue du Temple, les religieuses sont expulsées par les municipaux de la Commune de Paris, le 29 août 1792. Les Pères Elysée Guinain et Séverin Girault, chapelain et confesseur, cachés dans le monastère, sont arrêtés et emprisonnés dans l’église du couvent des Carmes Déchaux où le 2 septembre 1792, Séverin Girault est assassiné.

Contrairement à la légende, les ornements utilisés pour la dernière messe du roi Louis XVI, ne proviennent pas de l’église Sainte-Élisabeth. Le 21 janvier 1793, les révolutionnaires ont trouvé porte close car le couvent est vide. Ils s’adressent, alors, à l’église Saint-Jean-Saint-François où ils trouvent nappe, chasuble, ciboire, etc…

La chapelle du couvent devient, alors, un dépôt de farine appelé le Magasin Elisabeth, ouvert jusqu’en 1802, quand un décret du consulat en fait l’église paroissiale Sainte-Élisabeth Notre-Dame-de-Pitié, l’église paroissiale Sainte-Marie-du-Temple ayant été rasée.

En 1812, le couvent de la rue du Temple ayant été vendu et en partie démoli,  les Dames de Sainte-Élisabeth, accueillent novices, élèves et Dames pensionnaires dans leur nouveau monastère, 60 rue de Turenne à Paris.

En 1815 l’Ordre de Malte vient pour la première fois à Sainte-Élisabeth pour y assister à une messe célébrée par le futur Mgr de Quelen.