Qui est le chanoine Albert Marcadé ?

Jeunesse et formation

Albert Marcadé nait le 28 août 1866 à Bordeaux, fils d’un journalier.

Il suit ses études au petit séminaire de Bordeaux. Ordonné prêtre en 1892, nommé vicaire à Cérons, après un passage chez les Pères de la Miséricorde, il devient vicaire de Montmartre, puis curé du Bourget. En même temps, pendant la guerre de 1914-1918, il est aumônier du camp retranché de Paris et des Services de l’aviation.

Curé de Sainte-Élisabeth-de-Hongrie (1923-1947)

Le 14 décembre 1923, il est nommé curé de Sainte-Élisabeth-du-Temple. Son Ministère dure 25 ans. Mieux vaut lui laisser la parole pour résumer son action dans la paroisse, en imaginant qu’il est assis sur le banc d’œuvre, selon son habitude, et qu’il s’exprime de sa voix chaleureuse et forte :

"Ma destinée a été belle et mon héritage a été des plus beaux. De vastes sacristies construites, (après 78 ans d’attente, depuis la démolition de l’ancienne sacristie sous Haussmann), le campanile détruit pendant la Terreur a été reconstruit selon le plan primitif, un calvaire installé dans le chevet du chœur, un immeuble, rue Amelot, acheté et restauré. Je laisse de l’argent pour une maison presbytérale. Les œuvres sont en bonne voie, Patronages de garçons et de filles, Troupes de scouts, Colonies de vacances, Conférence de Saint Vincent de Paul, Dames de Charité, Ligue féminine d’Action Catholique, Institut Dupont des Loges."

Le chanoine cite ses différentes actions, mais il oublie d’évoquer celles qui sont les plus chères à son cœur. Il voue un culte à Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, guillotinée sous la Révolution. Il fait également reconnaître, officiellement, Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, comme église conventuelle de l’Ordre de Malte, en 1938.

Son goût pour l’Histoire et l’Art a commencé à s’exprimer dans la paroisse du Bourget, où il a installé un mémorial pour y montrer les souvenirs des combats d’octobre et novembre 1870. Puis, à Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, après avoir aménagé une nouvelle sacristie, il y expose sa collection de peintures anciennes, italiennes, flamandes, catalanes, rhénanes, de sculptures, de miniatures, d’ornements liturgiques. Cette collection connue, aujourd’hui, comme la collection Marcadé, se trouve à la Cathédrale de Bordeaux, ville natale du chanoine, et fait régulièrement l’objet d’exposition. Elle lui valut également d’avoir été fait Chevalier de la Légion d’Honneur, le 13 août 1947.

Amateur d’art, le curé Marcadé n’a pas négligé la musique. Il a acquis l’orgue du chœur et, en 1947, laissé une somme de 250 000 francs pour la restauration des grandes orgues.  Ce curé, qui aime écrire, publie un ouvrage sur la vie de son prédécesseur, Michel Malbeste.

Le curé Marcadé entretient aussi de bonnes relations avec la famille Bouglione allant célébrer la messe sur la piste du cirque d’hiver.

Aide aux Juifs persécutés pendant la guerre

La troisième action de ce curé de Sainte-Élisabeth-de-Hongrie moins connue du grand public, mais vivante dans la communauté juive du quartier, fut héroïque. Pendant la guerre de 1939-1945, il établit de faux certificats de baptême en découpant les anciens registres paroissiaux, installe diverses cachettes dans les alentours de l’église pour y loger des familles juives, des prisonniers évadés, participe à l’organisation d’une filière vers Nice. En 1943, il n’hésite pas à faire chanter la Marseillaise par les petits chanteurs à la Croix de bois, sur les marches de l’église.

Après la guerre, son action courageuse lui vaut la reconnaissance du Grand Rabbin de Paris, Julien Weill: 

"Je tiens à vous exprimer, au nom du Consistoire Israelite de Paris, et en mon nom personnel, mes plus vifs remerciements pour les services signalés que vous avez rendus à nos frères persécutés et malheureux, et je vous prie d’agréer, Monsieur le Curé, l’hommage de mes très respectueuses et religieuses sympathies."

Fin de vie

Agé, il donne sa démission en 1947 :

"Après cinquante-cinq années de sacerdoce, j’ai compris qu’à quatre-vingt-un ans l’heure de la retraite était arrivée. J’ai envoyé ma démission à Monseigneur l’Archevêque qui a bien voulu l’accepter en m’exprimant des sentiments très affectueux. Son éminence dans sa paternelle bonté, désirait me nommer Chanoine titulaire. J’ai pensé qu’il n’était pas possible d’accepter cette charge, véritable témoignage de satisfaction, à cause de mon êge.
J’ai compris aussi que les conditions modernes de l’apostolat, dont les jeunes prêtres nous donnent l’exemple, imposent une nouvelle forme d’activité qui dépasse mes moyens.
S’il faut du courage pour mourir sur la brèche, il en faut beaucoup pour quitter, après vingt-cinq ans, des paroissiens très aimés.
Que cette paroisse devienne plus prospère en biens spirituels et temporels !"

139 ans se sont écoulés avant qu’Albert Marcadé ne rejoigne auprès du Seigneur, Antoine de Plainpoint, premier curé de l’église paroissiale Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, ces zélés serviteurs de Dieu et de Ste Élisabeth de Hongrie, étant décédés, le premier, le 22 décembre 1812, et, le dernier, le 22 décembre 1951.