Manteau de St François donné à Ste Élisabeth de Hongrie

À la demande du cardinal Hugolin, futur Grégoire IX, Saint François donna son manteau à sainte Elisabeth en gage de leur lien spirituel. Sainte Elisabeth garda près d’elle ce manteau jusqu’à sa mort : elle le considérait comme son « bijou le plus précieux ».

Le beau-frère d’Elisabeth, Conrad devint grand maître des chevaliers teutoniques et leur remit le manteau. Ces derniers le donnèrent à Saint Louis en remercienement de son rôle de conciliateur dans les démêlés entre le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric II.

Saint Louis était membre du tiers-ordre franciscain et il avait accueilli dans sa cour Hermann, le fils de Sainte Élisabeth de Hongrie. Blanche de Castille aimait à embrasser Hermann sur le front par dévotion, en pensant qu'Élisabeth en avait fait de même. Saint Louis offrit lui-même le manteau aux cordeliers (franciscains), qui le conservèrent jusqu'à la Révolution.

Lors de la Révolution, Jaques Christophe Auguin, un tertiaire franciscain, cacha le manteau et le remit, une fois les événements calmés, en 1800, au dernier père gardien du couvent, le père Claude Agrave ofm, devant l’officialité de Paris représentée par Mgr Jacques André Emery. Le manteau devait alors être remis à la première communauté franciscaine qui se rétablirait à Paris.

Le manteau est remis aux récollettes, qui en firent don aux capucins en 1865. Un frère capucin le cacha lors des évènements de la Commune. Les capucins emportent le manteau en Belgique en 1905 lorsqu'ils s'y retirent. Ils le rapportèrent par la suite au Mans.

En 1926, le manteau est rapporté à Paris chez les capucins de la rue Boissonnade.


Le cœur de Sainte Élisabeth de Hongrie

Par  le docteur Suzanne de la Messelière, M. le Chanoine Denis Lecompte et M. le Curé Xavier Snoëk

Le but de ma thèse de théologie fut de retrouver l'authenticité de la spiritualité de sainte Elisabeth de Hongrie et de la restituer dans toute sa pureté. J’ai tenté de la dégager des surcharges de la légende et des influences diverses qu'elle avait subies au cours du temps. J’avais renoncé à toute élaboration romanesque de sa vie, mon unique souci ayant été de rassembler et de traduire, si nécessaire, les documents historiques. Je n’avais retenu comme crédibles que les sources les plus anciennes, émanant de personnes ayant connu Elisabeth, et dont la fiabilité du témoignage ne peut être mise en doute. Afin de cerner au plus près la vérité historique, j’avais voulu me rendre personnellement dans les pays où vécut sainte Elisabeth et d'emboîter son pas. Ces voyages m’ont  permis de visualiser les lieux précis où elle vécut, d'exploiter la riche mine des traditions de la piété populaire et ainsi de constater l'exceptionnelle actualité de son culte toujours vivant et l'ampleur de la dévotion des fidèles qui défie le temps. J’avais entendu dire qu’un manuscrit ancien (ms 809) se trouvait à la cathédrale de Cambrai.
       
Je téléphonais, la réponse fut courtoise, je pouvais venir le consulter. A ma grande surprise, mon interlocutrice me demanda ensuite si j’envisageais également d’aller voir le cœur de sainte Elisabeth conservé à la cathédrale de Cambrai. Je restais stupéfaite, jamais je n’avais entendu parler de cette relique, il n’y avait aucune trace d’elle dans aucune bibliographie ni dans aucune biographie ancienne ou récente. Quelle découverte !

Je décidais d’aller immédiatement dans cette ville, accompagnée de ma famille et d’un ami photographe. Le Père Denis Lecompte, Archiprêtre de la cathédrale de Cambrai, nous reçut avec une grande gentillesse. Je lui expliquais alors que j’avais entendu dire que le cœur de sainte Elisabeth se trouvait dans la cathédrale. Etait-il au courant ? Il me sourit et me répondit que le cœur se trouvait sur son bureau. Quelques instants plus tard il revint avec la relique qu’il déposa dans ma main. Etait-ce l’émotion ? J’avais l’impression que le cœur d’Elisabeth, cette sainte que je vénérais tant, battait dans le creux de ma main ! Le Père Denis Lecompte m’expliqua alors qu’à l’époque où vivait sainte Elisabeth, Cambrai était une ville libre d’Empire comme l’étaient les principautés d’Allemagne et les contacts étaient fréquents. Déjà impressionnée par la dévotion mariale qu’elle partageait et qui se vivait à Cambrai, Elisabeth avait procédé à de grandes largesses tant pour les travaux d’achèvement de la Cathédrale Notre-Dame de Cambrai, qu’en faveur des plus nécessiteux et défavorisés de la ville. Selon les archives, l’évêque de Cambrai se trouvait à Marbourg au moment de la mort d’Elisabeth.

C’est à cette occasion qu’il dût ramener le cœur à la Cathédrale, avant même la canonisation de 1235, tant la renommée d’Elisabeth était grande. Par la suite, le patronyme de sainte Elisabeth fut donné à des chapelles, des églises, des béguinages, des établissements hospitaliers aussi bien à Cambrai que dans la région. De même furent réalisés des sceaux, des miniatures, des gravures, deux offices de sa fête à Cambrai. La bibliothèque municipale possède encore trois importants manuscrits concernant sainte Elisabeth. Jusqu’à la Révolution Française, le cœur était vénéré dans l’ancienne cathédrale. Dès 1235, l’année de la canonisation de sainte Elisabeth, un autel fut consacré avec le cœur. Puis, lors des travaux de 1239, une chapelle fut dédiée à sainte Elisabeth de Hongrie, en position d’honneur, juste à droite de la chapelle axiale dédiée à la Sainte Trinité, celle qui recevra en son temps l’Icône Notre-Dame de Grâce. Aux Archives départementales du Nord, il est possible de consulter différents inventaires historiques des Reliques de la Cathédrale de Cambrai. Nous possédons notamment deux indications concernant le cœur de sainte Elisabeth à la date du 20 septembre 1401 : «  Item une relique d’argent a maniere de pume ou il y a escript autour : de corde sancte Elizabeth …Item une petite relique ronde ou est escript autour : cor sancte Elisabeth ».

Jusqu’à la Révolution Française, le cœur était vénéré dans l’ancienne Cathédrale. La Révolution entraîna malheureusement de profondes  fractures dans la continuité historique des biens et des traditions. Ceci étant, quelques réalités des plus précieuses furent sauvegardées. Pour ce qui est de sainte Elisabeth, la relique de son cœur fut enchâssée à l’arrière du Maître autel, dans le déambulatoire de l’actuelle Cathédrale, en face du monument funéraire de Fénelon; à l’entrée de ce déambulatoire un vitrail représente précisément sainte Elisabeth de Hongrie. La pierre de l'autel fut travaillée en forme de cœur (35cm x 35 cm) pour recevoir le reliquaire.

En 1990, un malotru arracha le reliquaire pour s’emparer du métal précieux. Le cœur, ôté de son reliquaire et jeté à terre par les voleurs, fut retrouvé en poussières sur le sol par l'Archiprêtre de la Cathédrale et par le Chancelier de l'Archevêché de Cambrai, qui le recueillirent alors précieusement. Le cœur  fut ensuite sauvegardé grâce à l'actuel Archiprêtre le père Denis Lecompte. Il le déposa provisoirement dans un nouveau petit reliquaire en or, lui-même en forme de cœur, mis sous scellé. Lorsque je lui dis qu’il avait sauvé le cœur de sainte Elisabeth de Hongrie, le Père Denis Lecompte, avec son humilité habituelle, se contenta de sourire. Mon émotion était immense. Immédiatement je décidais que le cœur de sainte Elisabeth serait le joyau de ma thèse. Il le fut. Quatre années se sont passées depuis ce jour, j’ai soutenu ma thèse sur la biographie de sainte Elisabeth à l’Université de Fribourg, le Père Denis Lecompte et moi sommes devenus de grands amis. Ceci dit, jamais je n’ai pu oublier ce moment où j’ai tenu le cœur d’Elisabeth dans le creux de ma main, battait-il ? Dans mon propre cœur, oui. D’un commun accord, nous décidâmes de donner au Jubilé des huit cent ans de la naissance de sainte Elisabeth de Hongrie, toute la  magnificence qu’il méritait. En effet, plusieurs pèlerinages réunissant des fidèles, des pauvres et des malades, s’organisent actuellement en direction de Cambrai. Le cœur a fait l’objet de nombreux articles dans la presse. Un matin, le Père Xavier Snoëk, curé de la paroisse sainte Elisabeth, me propose de coordonner le colloque historique et spirituel qu’il organise dans le cadre de la semaine de jubilé de la naissance de sainte Elisabeth, du 10 au 10 novembre 2007. Intéressée par ce projet, je lui révèle que le cœur de sainte Elisabeth se trouve à Cambrai et qu’il serait très beau de le faire venir à Paris pour le vénérer dans le cadre du jubilé. Sa stupéfaction à cette annonce laissa rapidement place à son enthousiasme ! Il ignorait  jusqu’à ce jour l’existence du cœur et un tel ornement pour le jubilé le comblait de joie. Je téléphonais alors à Monseigneur Garnier, Archevêque de Cambrai, pour lui demander son autorisation. Il me l’accorda en me rappelant qu’une telle relique est unique : Elisabeth n’a qu’un cœur et  cette relique acquière d’autant plus d’importance que malheureusement, à Marbourg, le corps de sainte Elisabeth fut perdu lors des évènements de la Réforme. Monseigneur n’acceptait qu’à condition que le cœur de sainte Elisabeth soit honoré comme il le mérite, avec très grand respect. Le Père Denis Lecompte accepta  également mon projet. J’annonçais alors au Père Xavier Snoëk les autorisations données. En excellent organisateur, il se mit tout de suite au travail : une grande procession se fera à Paris, avec la relique du cœur de sainte Elisabeth de Hongrie, portée par le Père Denis Lecompte, jusqu’à la cathédrale Notre-Dame où sera célébrée une messe solennelle présidée par Monseigneur André Vingt-trois, Cardinal et Archevêque de Paris. N’oublions pas le message de sainte Elisabeth : « Nous avons l’obligation de rendre les gens heureux ». Le cœur d’Elisabeth était pour les pauvres et les malades, espérons que beaucoup d’entre eux viendront à cette procession.